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| Ce siècle qui a dix ans est celui des tours effondrées, des guerres justes et chirurgicales, des kamikazes aveugles, des civils qui paient le prix fort, des traversées et des accostages aléatoires, des charters menottés, des retours à la case départ, des démocraties qui glissent doucement, du populisme triomphant
Contre tout cela, lart sait quil ne peut fondamentalement rien, et il convient de se méfier des preux chevaliers blancs qui, pratiquant lengagement ostentatoire et le trafic dindulgences, soffrent de vous fournir une conscience politique à bon compte, de loin et proprement. Contre le mal, lart est impuissant, mais devrait-il pour autant feindre de ne rien voir ni entendre de notre sombre époque et se retourner narcissiquement sur lui-même, répétant à linfini les hauts faits des héros dhier afin de plaire aux aînés et leur faire croire que leur passé est notre avenir ? Jai le sentiment que, dans son essence, notre époque nest pas celle du néo-conceptualisme ou du néo-minimalisme. Entre les engagés de salons feutrés et les bons élèves, il doit bien exister une troisième solution. Sic Transit Gloria Mundi est un drame en quatre tableaux. Quatre artistes quatre peintres en sont les acteurs. Gregory Forstner, Axel Pahlavi, Stéphane Pencréach et Ronald Ophuis ne se font sans doute aucune illusion sur lavenir du monde, dont ils observent les évolutions sans jugement moral, globalement sans optimisme ni pessimisme. Ils savent en effet que ce qui est arrivé arrivera encore, parce que lhumanité réagit à un certain nombre de réflexes et stimuli récurrents appelons-les des « passions » , lesquels ont finalement assez peu varié depuis les récits dHomère, dEschyle ou de la Bible. De ce point de vue, les quatre artistes se sont ici partagé le « monde » : en somme, Pencréach traite du sexe, Pahlavi de lamour, Ophuis de la violence, Forstner de la mort. La permanence de ces quatre composantes humaines essentielles comme il y eut quatre types dhumeurs ou déléments est certainement la raison pour laquelle on retrouve dans les tableaux de cette exposition des aspects mythologiques et religieux : ici une composition évoque une crucifixion, là une mise au tombeau mais sur un mode crypté. Ces réminiscences relèvent en effet moins du clin dil à lart du passé que dune grande culture visuelle qui innerve la pratique des artistes. Cette culture constitue un vivier de solutions formelles dans lequel ils puisent subrepticement, afin que ces anciennes images et sujets, transfigurés et investis dun nouveau contenu, agissent dune manière subliminale. Les stratégies formelles mises en uvres par ces artistes sont diverses. Elles partagent cependant un même intérêt pour « limage choc », directe, frontale, sans pour autant céder aux attraits aguicheurs de la littéralité monosémique, laquelle se révèle grande fossoyeuse : lorsquon vous dit précisément ce quil faut regarder et comprendre, sagit-il encore dart ? On ne saurait en effet affirmer avec précision ce qui se passe dans ces uvres. Chacune constitue, en quelque sorte, un mystère, au sens presque médiéval du terme. Ainsi sexposent, dans ces tableaux, limage dune humanité intemporelle, et la gloire du monde, qui ne fait que passer. Eva Hober |
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| portraits des 4 artistes par Jérôme Zonder | |||||||||||||